La découverte de l'Oryctérope

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Les petites histoires du Mellois

Le Mellois, quelle Histoire ! Remontons le temps l’espace d’un court instant et laissez-vous conter les anecdotes historiques du Pays Mellois qui ont marqué leur époque. Qu’importe le siècle, qu’importe le lieu, une petite histoire se cache toujours derrière la grande...

Nous sommes en 1997, au début du mois de juillet. L’Université de Poitiers mène des travaux de fouille dans le chantier de la Petite Ouche à Rom, petite commune du Sud des Deux-Sèvres, dirigés par Nadine Dieudonne-Glad, professeur d’archéologie antique. Depuis 1993, les chercheurs sondent l’endroit où un îlot de l’agglomération antique abritant des activités artisanales est mis au jour. Cet été-là, les opérations se concentrent sur les bordures de route là où se dresse une petite écurie. A l’arrière quelques éléments sont percés à jour et démontrent que l’on se situe approximativement au Ve siècle. Deux structures en creux y sont dévoilées : l’une maçonnée, l’autre non. Les deux sont de forme carrée.

 
Les fouilles débutent alors. Le chantier dévoile peu à peu son potentiel. Les archéologues craignent de devoir repousser l’exploration complète pour l’opération suivante, mais qu’importe, ils débutent par le haut de la structure maçonnée. Il s’agit d’une cave dont les premiers éléments montrent qu’elle a probablement été comblée durant le IVe siècle. La seconde zone longe l’écurie et se situe le long d’une ruelle antique. Alors que quelques morceaux de poterie pointent le bout de leur tesson, les chercheurs comprennent assez vite que cette structure a dû accueillir un cuvelage en bois. Une couleur verdâtre trahit d’ailleurs la présence d’une décomposition organique. Les chercheurs ont l’impression qu’une certaine odeur commence à s’extraire des lieux. Plus la fouille avance et plus elle devient tenace. L’équipe décide de s’équiper de gants et de masques, sait-on jamais...car il semblerait bien que nos archéologues soient tombés nez à nez avec des latrines. Quelques photos et prélèvements plus tard, la fouille reprend son cours


A son tour, l’un des murs de la structure est nettoyé. Il se trouve entre l’ancien cuvelage et le mur naturel. Très vite un élément en fer, en partie corrodé avec un étrange manche, qui semble être de l’os, fait surface. Difficile alors pour l’archéologue de rester stoïque devant une telle découverte et un vent d’engouement traverse soudainement l’équipe. On retient son souffle. L’objet semble plutôt joli et malgré une restauration nécessaire, on pense de suite à un couteau. Sur le manche un animal. Sa découverte le long d’une écurie laisse à penser qu’il peut s’agir d’un cheval en plein galop. Drôle de cheval d’ailleurs.. mais bon, paraît-il que l’os n’est pas un matériau facile à travailler.

 
Une fois nettoyé, puis analysé, l’objet révèle aux archéologues que ce qu’ils prenaient pour de l’os, est en fait de l’ivoire. Mazette ! Cela signifie non seulement que l’objet ne vient pas d’ici mais qu’en plus il ne devait pas appartenir à n’importe qui. Les chercheurs ont en face d’eux un drôle d’objet dont la lame se replie sous le ventre de l’animal, un peu comme l’ancêtre de l’opinel…


En 1999 le couteau entièrement restauré prend sa place dans le tout nouveau musée de Rauranum. On indique aux visiteurs qu’il s’agit alors d’un cheval au galop, daté approximativement du IIIe siècle. Une mascotte naît de l’animal et elle devient très vite l’emblème du musée. Après de plus amples recherches, il s’avère que le couteau ressemblerait davantage à un rasoir comme ceux retrouvés lors de fouilles en France qui arborent eux aussi un manche animal. Ceci étant, aucun n’est comparable à celui de Rom.

 
Quelques années plus tard, un visiteur du nom de Thomas Lemann se présente. Il s’agit d’un archéo-égyptologue. Ce dernier a semble-t-il fait le déplacement spécialement pour observer l’objet. Il indique qu’il s’agirait d’une représentation non pas d’un cheval en course mais d’un autre mammifère répandu en Afrique, et notamment en Égypte : l’Oryctérope. Après avoir vu le rasoir, il confirme ses suppositions et est particulièrement enthousiaste d’en retrouver un ici à Rom. Il explique que ce petit objet n’est pas venu seul mais qu’il aurait été au contraire transporté par quelqu’un venu de loin. On aurait tôt fait de penser que celui-ci n’a décidément pas eu de chance quelques siècles plus tôt, en égarant son précieux objet dans les latrines…


En 2006, l’identité de l’animal est bel et bien confirmée avec la venue d’une classe d’un collège allemand. C’est en voyant l’objet que la professeur de SVT accompagnant le groupe identifie immédiatement le petit cochon de terre : Aadvarks ! s’exclame -t-elle, terme désignant l’animal en afrikaans langue germanique parlée en Afrique du Sud et en Namibie! Une aubaine pour le musée de Rauranum qui a su reconnaître en ce petit objet, un vestige d’exception.





Carnet pratique :

Pour rencontrer l'Oryctérope en fer et en os, rendez-vous au Musée de Rauranum - 1, place de l'église 79120 Rom

Renseignements : 05 49 27 26 98 - www.musee-rauranum.com

Sur facebook : rauranum

Voix off :

Jean-Paul Chaudron

Musique :

-Tobaggan - Silent Partner

-Ticker - Silent Partner

-Comfortable Mystery 2 - Film Noir par Kevin MacLeod

distribué sous la licence Creative Commons Attribution (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/)Source : http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1100537 Artiste : url_artiste

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